1. Par Jacques Polvorinos

    Je me souviens…

     

    Jacques Polvorinos, membre fondateur de la radio, président de 1995 à 2010, ouvre sa boîte à souvenirs :

    1. Je me souviens de la fondation de D4B.

    2. Je me souviens de la première réunion, à la rentrée 81, qui rassembla au Foyer Logement de Melle les initiateurs du projet.

    3. Je me souviens du nom de 4 des 5 participants : J.M. CHARPENTIER, J.L. GERBAUD, J.C. CLISSON, J. POLVORINOS. Seuls les deux derniers s’impliquèrent vraiment dans l’aventure.

    4. Je me souviens des réunions suivantes où nous fûmes rejoints par Yves DEBIEN et Denis PICARD, alors professeurs au Lycée Desfontaines de Melle.

    5. Je me souviens de nos débats au moment de choisir le nom de la station : pas plus de 4 syllabes, pas trop Poitou en sabots, pas trop marquant l’hégémonie de Melle capitale.

    6. Je me souviens de Dive, Belle, Béronne, Boutonne, Berlande, cinq rivières, deux oreilles, sept raisons d’écouter D4B.

    7. Je me souviens de l’onde qui court dans le ruisseau, les ondes qui courent dans la radio.

    8. Je me souviens de notre gêne quand on nous fît remarquer qu’on avait oublié la Sèvre.

    9. Je me souviens de no s soucis au moment de l’élaboration des statuts : éviter toute récupération, économique, politique, sur le modèle des sociétés de rédacteurs, en faire la propriété de ceux qui participent effectivement à la vie du média, tout animateur à jour de sa cotisation est membre du C. A. de la radio. La Radio aux radioteurs.

    10. Je me souviens de l’étonnement de la poignée de pionniers devant le succès de l’Assemblée Générale fondatrice de l’association salle du Tapis Vert le 16 décembre 1981.

    11. Je me souviens du rôle important pour la crédibilité du projet qu’a eu l’implication de Paul GEOFFRIAU alors principal du collège de Melle et membre de la communauté protestante.

    12. Je me souviens de la manière dont furent rassemblés les premiers fonds nécessaires aux investissements de départ (le fonctionnement était entièrement bénévole). Un prêt de 5 000 francs du groupement des personnes âgées de Melle présidé par Madame GROUSSET, un emprunt auprès du Crédit Mutuel cautionné sur leurs deniers personnels par les membres du bureau.

    13. Je me souviens de la passivité dubitative des professionnels de l’animation, de la méfiance des politiques, du scepticisme quasi général.

    14. Je me souviens, au printemps 82, du coup de fil laconique et rageur du directeur de TDF, sans doute fervent défenseur du monopole : « Si vous émettez sur 100 Mhz, je ne vous brouillerai pas ».

    15. Je me souviens du premier studio dans le grenier abandonné du Centre socio-culturel, de l’escalier périlleux qui y conduisait.

    16. Je me souviens de l’incompétence en matière technique de tous les pionniers, à l’exception de Joël Le Poëzat, sur qui reposa le démarrage des émissions.

    17. Je me souviens du premier jour d’émission le 26 mai 1982.

    18. Je me souviens de la Haute Autorité de l’Audiovisuel présidée par Michèle COTTA, de notre colère de ne lui voir mettre qu’une molle ardeur à faire observer les règles qu’elle avait elle-même édictées en matière de puissance des émetteurs, de pub.

    19. Je me souviens de la première grille de programmes. La radio étant assurée par des bénévoles, elle débutait après le travail : la semaine à 17h30, le mercredi à 14h, le samedi à 12h, le dimanche à 9h.

    20. Je me souviens du magazine qui durait alors une heure, de la maladresse partagée des invités et des animateurs.

    21. Je me souviens de son indicatif Nouvelle-Orléans Billy ghost stomp dont l’introduction à la clarinette évoquait le bêlement d’une chèvre.

    22. Je me souviens que toutes les émissions se faisaient en direct.

    23. Je me souviens de l’immédiat et prodigieux succès de La Fricassaïe et de Dédie Musette.

    24. Je me souviens de très vieilles dames qui achetaient un poste F. M., le faisaient régler une fois pour toutes par le vendeur pour écouter François et Mélanie.

     25. Je me souviens du désarroi de quelques-uns unes d’entre elles quand, à la suite de la révision de plan de fréquence, nous fûmes contraints à passer du 100 Mhz au 90.4.

    26. Je me souviens de l’armée de standardistes qui était nécessaire pour répondre aux appels des auditeurs proposant une réponse à la devinette en poitevin ou pour faire passer une dédicace.

    27. Je me souviens de Salut les sixteens, inusable émission que Casimir Napierala, joueur d’échecs, bridgeur, cyclotouriste, véritable Commandeur du respect de l’orthodoxie statutaire, consacre aux musiques qui bercèrent son adolescence d’amoureux de Sylvie Vartan.

    28. Je me souviens de notre volonté d’être la radio du Pays Mellois, de tout le pays, pas seulement d’un groupuscule.

    29. Je me souviens de l’interdiction formelle, toujours en vigueur, de diffusion à l’antenne d’horoscopes, prophéties et prédictions de voyants et mages de tout poil.

    30. Je me souviens de notre vétilleux souci d’objectivité au moment des campagnes électorales.

    31. Je me souviens du tirage au sort de l’ordre de passage des candidats, de la stricte égalité de temps d’antenne entre les participants aux débats, le tout sous le gracieux contrôle de Me LEDUC, huissier de justice. 

    32. Je me souviens des élections municipales de 1983 où dans beaucoup de villages les néo-ruraux affrontèrent, en vain, notables et agriculteurs.

    33. Je me souviens du premier conflit qui opposa le bureau et des animateurs qui jugeaient inadmissible de voir leur émission d’écologie interrompue par la retransmission but par but d’un match qui opposait les anciens internationaux de Nantes aux pompiers du mellois (la somme versée était de 3 000F, notre budget annuel d’environ 20 000F). Ils furent les premiers à quitter la radio.

    34. Je me souviens du premier Studio est au village à Clussais la Pommeraie.

    35. Je me souviens du chaleureux accueil de madame Naudin, militante de la première heure, de celui plus réservé de Monsieur le maire.

    36. Je me souviens de salles des fêtes combles où devant nos micros se succédaient, de 19h à tard dans la nuit, élus, militants associatifs, particuliers, pour dire la vie du village, leur passé.

    37. Je me souviens de l’émotion qui étreignit toute la salle à Tillou, quand un homme discret nous décrivit son approche, ses premiers pas dans le village à son retour de captivité.

    38. Je me souviens du très piquant récit que fit feue Madame Olive Geay, coquette et sémillante nonagénaire : Pendant la guerre de 14/18, elle prit le train pour la Suisse, où son mari blessé était en convalescence. Tout au long du fastidieux voyage aller, elle avait été prodigieusement agacée par les remarques ironico-admiratives des autres voyageurs : « Elle est mignonne, la petite paysanne avec sa coiffe et son chignon. » Avec ou sans l’accord de son mari, elle ne se souvenait déjà plus, elle se fit couper les cheveux et s’acheta un chapeau.

    39. Je me souviens de la jubilation avec laquelle elle nous narra son apparition au marché de Saint Romans les Melle, quelques jours après son retour : chuchotis, commentaires acerbes, un vrai petit scandale. « J’étais la première du village et alentours à abandonner le costume traditionnel ! » déclara-t-elle fièrement

    40. Je me souviens des prouesses que de telles émissions téléphoniques exigeaient de la part des techniciens tous bénévoles et de l’indulgence qu’elles supposaient chez l’auditeur.

    41. Je me souviens de ma désolation de ne pas être en mesure de déposer aux Archives d’aussi précieux témoignages.

    42. Je me souviens de débats houleux, d’affrontements sévères lors des réunions de bureau, preuve d’une véritable démocratie associative.

    43. Je me souviens de notre unanimité à nous féliciter d’avoir J.C. CLISSON pour Président fondateur.

    44. Je me souviens de notre volonté d’afficher notre ancrage rural.

    45. Je me souviens de notre premier autocollant, dessiné par Jack Goismier : une chèvre derrière un micro.

    46. Je me souviens que nous avons écarté à regret une proposition d’affiche du même dessinateur (car jugée trop phallique : un micro enraciné dans une carte du Pays Mellois).

    47. Je me souviens d’un magazine agricole hebdomadaire passionnant bien que souvent très technique, animé entre autres par André MOIMEAUX, Bernard METAIS, Patrick BOUCHENY.

    48. Je me souviens d’une série d’émissions coproduite avec la laiterie de La Mothe Saint Héray pour sensibiliser les éleveurs à la propreté du lait.

    49. Je me souviens de la contrariété de la F.D.S.E.A. qui ne goûtait guère de nous voir accorder le même temps d’antenne lors des élections professionnelles aux Chambres d’Agriculture à des organisations syndicales, il est vrai très minoritaires.

    50. Je me souviens du très écouté magazine des sports à la présentation duquel le Président CLISSON sacrifia ses dimanches pendant de longues années.

    51. Je me souviens qu’arrivé très tôt pour collecter les résultats, il venait aussi avec son aspirateur pour faire le ménage des studios. Son premier geste était de vider les cendriers en bougonnant.

    52. Je me souviens de notre déménagement au rez-de-chaussée du Centre socioculturel où nous sommes toujours, des travaux incroyables accomplis par des bénévoles bricoleurs.

    53. Je me souviens que lorsque la municipalité de Melle nous octroya ces locaux à l’abandon, le Président du centre les jugea nécessaires à son activité.

    54. Je me souviens de la radio devenue le point de ralliement de toute la jeunesse Melloise : tous, collégiens, lycéens, apprentis, s’agglutinaient dans les couloirs et les studios, on était parfois obligé de les enjamber pour aller faire son émission.

    55. Je me souviens des T.U.C.. Le premier de la longue série des emplois aidés qu’accueillit la radio était Thierry BERNARD dit « Titi ».

    56. Je me souviens de notre refus de la publicité pour des raisons esthétiques, morales, mais aussi par réalisme économique. Nous aurions eu du mal à recueillir sur le petit marché mellois les sommes que proposait le Fonds de Soutien à l’Expression Radiophonique.

    57. Je me souviens de notre souci peu partagé dans les milieux de la F.M. de respecter la loi et ses obligations.

    58. Je me souviens de la transparence de notre comptabilité tenue par Liliane GIRARD, à laquelle succéda Anne KOVALEVSKI
    59. Je me souviens de notre tristesse quand nous vîmes les jeunes manipulés par des publicitaires défiler massivement pour défendre NRJ.

    60. Je me souviens de notre colère quand le tandem LEOTARD-DE VILLIERS, alors en charge de la Culture, firent discrètement cadeau à TF1 et aux radios publicitaires de la taxe parafiscale qui alimentait le Fonds de Soutien, privant ainsi pendant un an, les radios associatives de l’essentiel de leurs ressources.

    61. Je me souviens que cette asphyxie fut fatale à beaucoup, que nous n’avons dû notre salut qu’à la prudence de notre gestion.

    62. Je me souviens du temps où D4B compta plus de 120 adhérents individuels, autant d’associations et de généreux membres honoraires.

    63. Je me souviens que toutes les catégories socioprofessionnelles étaient représentées au sein de la radio : chefs d’entreprises et employés, agriculteurs et commerçants, cadres et anciens, enseignants, étudiants et retraités.

    64. Je me souviens que grâce aux liens tissés par D4B, beaucoup trouvèrent leur partenaire dans la vie, un métier, parfois changèrent d’orientation professionnelle.

    65. Je me souviens de m’être dit que si tous les enfants nés des idylles nouées à D4B habitaient le même village, cela éviterait la fermeture d’une école.

    66. Je me souviens des Assemblées Générales où dans l’amphithéâtre du lycée agricole se pressaient une foule d’élus et d’adhérents.

    67. Je me souviens des rapports moraux du président CLISSON où figurait toujours la trilogie : Indépendance, Pluralisme, Associativité.

    68. Je me souviens de son vœu, réitéré en vain par tous ses successeurs, de voir les subventions communales égaler le prix d’un quotidien régional par habitant.

    69. Je me souviens d’une Assemblée Générale où Yves DEBIEN, avec notre complicité amusée, le convainquit qu’il se devait de porter une cravate pour accueillir tous les notables.

    70. Je me souviens du très compliqué dossier déposé auprès de l’administration des finances pour habiliter la radio à recevoir des fonds autorisant une déduction fiscale au titre du mécénat.

    71. Je me souviens du colloque organisé pour attirer les mécènes, je n’ai pas le souvenir du moindre centime provenant de cette source.

    72. Je me souviens des réunions de la fantomatique fédération des radios des Deux-Sèvres, de l’aimable condescendance de nos confrères à la tête de radios aujourd’hui disparues ou vendues aux réseaux.

    73. Je me souviens que malgré notre souci d’objectivité et d’égalité, en particulier pendant les campagnes électorales, nous n’évitâmes point les bouderies des politiques de tous bords, en particulier quand le scrutin leur fût défavorable.

    74. Je me souviens du premier reportage où m’accompagna Yann BRILLAUD au château des Touches pour interviewer un chanteur invité au festival de Melle, Gregory Reinhart.

    75. Je me souviens de l’éphémère présidence de Patrick CROS, jeune ingénieur aux usines de Melle, animateur d’une émission scientifique.

    76. Je me souviens que sous son mandat fut réalisée une étude sur la faisabilité d’une boîte de nuit au plan d’eau du Lambon pour financer la radio.

    77. Je me souviens que malgré les conclusions positives, le projet fut repoussé à l’unanimité moins une voix.

    78. Je me souviens de l’autorisation du C.S.A., au printemps 91, d’implanter un réémetteur sur le 101,4 à Niort, de nos déboires incessants avec ce site.

    79. Je me souviens des temps, hélas révolus, où une foule immense (plusieurs milliers de personnes) se pressait aux 13, puis 24h de l’accordéon, à Lezay pour le plus grand bonheur des finances de la radio.

    80. Je me souviens de l’édition…. , où un homme foudroyé par une crise cardiaque s’effondra sur la piste.

    81. Je me souviens de la fiévreuse hâte des danseurs à reprendre leur ronde forcenée dès que les secours eurent évacué le parquet.

    82. Je me souviens de la brève présidence de Bernard Fouchier, animateur passionné et érudit d’une émission de blues.

    83. Je me souviens du montage savant des complètes et vivantes rétrospectives hebdomadaires de l’actualité présentées, le samedi, par Francis Gaillard, qui devint président de la radio.

    84. Je me souviens que J.C. CLISSON abandonna ses responsabilités au sein de la radio pour siéger à l’instance régionale du CSA, le CTR, le 1er septembre 94.

    85. Je me souviens des premières et uniques rencontres nationales des animateurs d’émissions de musique classique sur la FM organisées avec le concours de la DRAC.

    86. Je me souviens que les vainqueurs se virent remettre un objet encore tout nouveau, un lecteur de compact disque.

    87. Je me souviens de notre souci constant de préserver une couleur d’antenne originale, en résistant, bien avant l’instauration des quotas à l’invasion du binaire anglo-saxon, en proposant à nos auditeurs des musiques différentes de celles dont nous inonde le marché.

    88. Je me souviens du très poétique et documenté Fil du temps émission consacrée par le regretté Jean-Michel SABOURAULT à la chanson française à texte.

    89. Je me souviens de tonton Claude qui enregistrait ses émissions de chansons françaises anciennes dans sa chambre d’hôpital transformée en studio.

    90. Je me souviens de sa voix rendue si particulière par la maladie.

    91. Je me souviens de notre souci de laïcité qui nous fit accompagner la tranche horaire répartie entre les diverses églises par Sam SPIDLIK le dimanche par une demi-heure attribuée à la libre pensée.

    92. Je me souviens de la très drolatique et branchée émission animée par Patrick SIMON et Jack Goismier, Jack et Pat session.

    93. Je me souviens du charme ravageur de l’accent des sémillantes assistantes anglaises du lycée ou du collège qui intervenaient dans sa séquence The pubs speak to the pubs.

    94. Je me souviens de la grande crise de 1995.

    95. Je me souviens de la surprise, de la stupéfaction de beaucoup d’entre nous, quand le conseil d’administration présidé par Francis Gaillard décida de saborder la radio et de dissoudre l’association lors de l’assemblée générale du 28 janvier 1995.

    96. Je me souviens m’être dit que si nous les avions aidés davantage à assumer la charge de la radio, leur lassitude aurait été moins grande.

    97. Je me souviens de la ferveur avec laquelle Sam Spidlick organisa la mobilisation de ceux qui souhaitaient que la radio vive.

    98. Je me souviens du climat passionnel dans lequel se déroula l’A.G. extraordinaire du 11 février 1995 où la poursuite de l’activité fut décidée par 19 voix contre 12.

    99. Je me souviens de la volonté quasi unanime des politiques (Ségolène Royal en tête), des associations de préserver l’outil.

    100. Je me souviens de la foule qui clama la nécessité de poursuivre l’activité, de la poignée qui retroussa ses manches.

    101. Je me souviens de la générosité des modestes, auditeurs de la Fricassaïe, de Dédie-musette.

    102. Je me souviens des terribles difficultés humaines, techniques, financières auxquelles dut faire face la petite équipe.

    103. Je me souviens de la lourdeur, de la complexité des tâches administratives, de la vigilance qu’implique la bonne gestion de la radio, et donc du rôle clef joué par les secrétaires, Nadine Rias puis Annette Veillon, pour ne citer que celles qui assumèrent le plus longtemps cette charge.

    104. Je me souviens de n’avoir résisté au découragement nourri par d’invraisemblables soucis quotidiens que grâce à la solidarité de mes amis du bureau et à la certitude partagée du bien fondé de la résistance aux lois du marché et de l’uniformisation des média.

    105. Je me souviens de l’info.

    106. Je me souviens d’un temps où l’équipe du magazine comptait un si grand nombre d’enseignants qu’il n’en restait qu’un seul pour se charger des sujets sur l’éducation et n’être pas juge et partie.

    107. Je me souviens du moment où grâce à la présence des objecteurs et des emplois-jeunes, on décida d’ouvrir l’antenne dès le matin.

    108. Je me souviens des temps où D4B traita par ses propres moyens (essentiellement des dépêches d’agence puisées sur le Minitel ) l’actualité nationale et internationale.

    109. Je me souviens de la qualité de ces infos, notamment pendant la guerre du golfe.

    110. Je me souviens des progrès accomplis par les animateurs locaux, permanents et bénévoles, au contact de véritables professionnels, en particulier Fabrice Groffiley et Philippe Charamond.

    111. Je me souviens de la fierté de Yann Brillaud quand il se vit attribuer, en 1990, la carte de presse, après être passé par tous les emplois subventionnés.

    112. Je me souviens des très militantes et documentées émissions sur les pays en voie de développement présentées par le Groupe Tiers Monde de Sauzé-Vaussais ou le Niortais, président national de Terre des Hommes.

    113. Je me souviens de la très large place constamment accordée sur nos antennes aux organisations humanitaires, à leurs actions.
    114. Je me souviens de notre volonté constante d’ouverture sur le monde qui, quand nous cessâmes de traiter par nos propres moyens l’actualité nationale et internationale, nous fit choisir de reprendre les infos de la B.B.C., puis de la Radio Suisse Internationale et enfin pour notre plus grand bonheur de Radio France International.

    115. Je me souviens des multiples récompenses qui saluèrent la qualité des émissions de D4B, de ses animateurs, de ses techniciens, ce qui lui donne un des plus beaux palmarès de la F.M.

    116. Je me souviens que D4B constitua sous forme de T.U.C., C.E.S., C.E.C., jeunes volontaires, emplois-jeunes, la première expérience professionnelle valorisante d’une foule de jeunes souvent en échec scolaire.

    117. Je me souviens que nous dûmes repousser une foule de demandes d’emploi de jeunes dont la seule ambition était de devenir D. J. (disc’ jockey). Quelques souvenirs plus personnels.Je me souviens d’avoir pu, grâce à la radio, converser avec des écrivains que j’aime, Serge Doubrovsky, Michel Chaillou, Jacques Roubaud, etc.

    118. Je me souviens de leur étonnement d’être interrogés par quelqu’un qui les avait lus.

    119. Je me souviens de notre jubilation avec mon ami Didier Schneider lorsque dans le roman de Philippe Sollers Le cœur absolu, nous débusquâmes son large emprunt à une pochette de disque qui lui permit d’usurper y compris dans la presse spécialisée une compétence musicale.

    120. Je me souviens de son aplomb, tout de même un peu embarrassé, devant le flagrant délit de plagiat lors de l’entretien que nous eûmes à l’antenne.

    121. Je me souviens de La radio qui s’écoute d’une seule main brève séquence à la fin des émissions littéraires où je lisais les textes érotiques de grands auteurs, Diderot, Apollinaire, Aragon…

    122. Je me souviens de quelques canulars du 1er avril.

    123. Je me souviens de l’annonce de la construction de l’aile manquante de l’abbaye de Celles grâce aux crédits décrochés par Pierre Billard auprès de la Région.

    124. Je me souviens de l’auteur que nous inventâmes de toutes pièces, vie et œuvre, avec Carol ANDRIOT. Nous l’avions fait séjourner à Bagnault d’Exoudun pendant la guerre ; un auditeur lettré nous affirma l’avoir lu, en ignorant il est vrai, ce détail biographique.

    125. Je me souviens d’avoir, dès les premières heures d’existence de la radio, essayé de faire partager ma passion pour la musique dite classique.

    126. Je me souviens du plaisir que j’ai, le vendredi à retrouver mes partenaires coprésentateurs de Marche Harmonique, le savant Didier Schneider qui trouva ce titre, Alain Dadat si sérieux, Alain Thébault, président du festival de Melle et enfin mon ami Marc Thouroude, son successeur.

    127. Je me souviens d’avoir beaucoup appris à leur contact et à ceux des musiciens prestigieux qui intervinrent dans l’émission : Paul Tortelier, France Clidat, Catherine Collard, Hervé Joulain, Gérard Grisey, Alain Planes…

    128. Je me souviens des liens d’amitié noués avec Alice Ader, Christophe Coin, Marianne Muller, Martin Gester et surtout Philippe Herreweghe que la radio invita à la tête de ses ensembles alors que son génie n’était reconnu que par quelques spécialistes.

    129. Je me souviens de ma joie lorsque je rencontre une auditrice ou un auditeur, qui me dit avoir découvert un livre, une œuvre, un interprète grâce à mes émissions. Je me souviens du projet Leader qui nous permit par l’apport de fonds européens de financer en partie le remplacement obligatoire du pont hertzien entre Melle et l’émetteur de Pillac ainsi que l’embryonnaire informatisation des studios.

    130. Je me souviens des difficultés pour trouver, compte tenu de nos modestes moyens, des logiciels qui respectent la spécificité de D4B, petite radio associative de proximité, dont la grille de programmes s’apparente, en fait, à celles des grandes généralistes.

    131. Je me souviens des efforts de Virginie Trift, Stéphane Bougeant puis de Virginie Leduc pour « rentrer en machine » des milliers de titres qui font de la programmation musicale une des plus variées de la F.M.

    132. Je me souviens de leur découragement quand un mystérieux dysfonctionnement anéantissait de nombreuses journées de travail.

    133. Je me souviens de l’irritation, de la mauvaise humeur où je suis plongé par les trop répétitifs « plantages » du système.

    134. Je me souviens de la disparition des objecteurs de conscience en 2001. Depuis 1985, environ 25 se sont succédés à la radio. Au départ, ils étaient essentiellement recrutés parmi les bénévoles qui souhaitaient accomplir sous cette forme leur service national.

    135. Je me souviens des pseudonymes que choisirent certains d’entre eux pour contourner la molle interdiction qui leur était faite de parler à l’antenne. Je me souviens qu’ils furent le véritable vecteur de la professionnalisation de la radio, qu’ils en assurèrent la continuité.

    136. Je me souviens de quelques-uns d’entre eux particulièrement talentueux, Fabrice Grofilley, Yves Besnard, Vincent Bain, Cyrille Douillard qui firent leurs premiers pas dans une carrière radiophonique, parfois brillante au, sein de D4B.

    137. Je me souviens de notre irritation de voir notre trésorerie asséchée par la lenteur de l’Etat à s’acquitter du remboursement de leur solde.

    138. Je me souviens des interminables et encore stériles négociations avec Niort pour ouvrir un studio dans cette ville.

    139. Je me souviens de la fierté de Julien Letellier et de ses copains, animateurs de Hip Hop Session quand une très sérieuse revue professionnelle écrivit de son émission quelle était une des meilleures émissions françaises consacrées à cette musique.

    140. Je me souviens d’avoir été réconforté quand j’ai retrouvé chez les jeunes animateurs des émissions de reggae, de rap et autres genres musicaux pour moi mystérieux, la même volonté d’expression, la même insoumission aux prescriptions des marchands de soupe.

    141. Je me souviens de mon regret de n’avoir pas su, ou pu, les impliquer davantage dans les instances de gestion de la radio.

    142. Je me souviens d’avoir été éberlué lorsque, par divers retours, enfants de mes amis, enquêtes d’opinion … je me suis rendu compte que pour les jeunes du mellois et du niortais la radio était passée de « radio ringarde » à « super radio ».